De la Préhistoire à la fin de l’Antiquité (-20000 au IIIe siècle)

            Les Cévennes sont définies par Jules César, alors conquérant de la Gaule, comme la « barrière entre les Helviens et les Arvernes ». Strabon, Grec du Ier siècle avant Jésus Christ, parle des monts « Cemmène » qui vont des Pyrénées à Lyon.

D’autres encore pensent que le mot : Cévennes vient d’un ancien mot celtique cebn signifiant « dos ou ligne de crête ». Le nom de Durfort quant à lui, vient de duros-fortis, du gaulois duros forteresse et du gallo-romain fortis, important, considérable. Il est cité pour la première dans un texte en 1255.

Dans les Cévennes, les premières traces de l’homme remontent à environ 50 000 ans, au paléolithique. La découverte de la grotte Chauvet, en Ardèche est datée de 36 000 ans.

Gravure de 1893 1

Elephas meridionalis, photo de 1893

            -Le mammouth de Durfort :

M. Paul Cazalis de Fondouce, préhistorien de Montpellier, vient dans la région en 1869. Il est contacté par un érudit de St Hippolyte du Fort, M. Jeanjean pour fouiller la grotte des Morts. En novembre 1869, sur la route de Durfort, Paul Cazalis repère le long de la route un objet en forme de tuyau. Il s’agit du squelette d’un mammouth ou en fait de son ancêtre plus massif : Elephas meridionalis. Ce fossile date du pliocène soit environ 2 millions d’années. C’est l’un des rares mammouth de cette période retrouvé presque entier. Après maintes péripéties dont la guerre franco-allemande de 1870, le mammouth est déterré et transporté au muséum d’histoire naturelle de Paris (où d’ailleurs les durfortois sont sensés pouvoir accéder gratuitement). Sa taille peu commune, impressionne : 7 mètres de long, 5,50 de hauteur, 2,50 de largeur et d’un poids estimé à 10 tonnes. De nombreux ossements sont découverts tels les os de 4 éléphants, de 4 hippopotames, de 5 bisons, de 4 cerfs, d’un rhinocéros et d’un cheval. Le lieu de la découverte se situe à proximité de Durfort et de Sallèles. Ainsi il y a quelques millions d’années, Durfort était déjà traversé par de nombreux animaux dans un climat chaud. Durfort restera une zone de passage et de frontière pour les êtres humains.

            -Grotte de Vesson

            Les premiers hommes s’installent dans la région, il y a environ 40 000 ans. La grotte de Vesson à 6 km de St Hippolyte du Fort dans la montagne des Cagnasses offre des traces qui datent d’environ 20 000 ans. Elle a été fouillée et décrites par M. A. Jeanjean. Il y a trouvé des perles, des silex et des ossements. Ces traces du paléolithique témoignent de la vie d’hommes dit de la civilisation magdalénienne. Ils étaient nomades et vivaient de cueillette et principalement de chasse et de pêche. Au mésolithique vers -10 000 ans, le climat se réchauffe et de nouvelle population arrivent dans la région. Ils apportent avec eux de nouvelles techniques comme la poterie. Avec le néolithique (-6000) est mieux représenté. La plupart des grottes de la région semblent avoir été habitées ou utilisées. Certains estiment que les drailles datent de la fin de cette période, il y a peut-être 4 à 5000 ans. Ces drailles sont des chemins de transhumance qui fonctionnent jusqu’à nos jours. Elles permettent aux troupeaux de monter de la plaine sur les pâturages des hautes Cévennes. L’âge de ces drailles est discutée par les scientifiques dont certains pensent que ce n’est qu’au Moyen-Age qu’elles se sont développées. A Durfort passe la draille de l’Ascliée sur les crêtes. Elle part de Soudorgues et la montagne du Fageas vers Aire de Côte, le col du Rey et les hauts plateaux. De grands départs de troupeaux avaient lieu à partir du château de Vibrac, il y a peu encore.

découvertes de la grotte des Morts 1

Ossements et objets découverts dans la Baume des Morts, musée du Colombier, Alès

            –Le chalcolithique et La Baume des Morts

            Entre -4200 et -3800 s’ouvre une période que les préhistoriens dénomment le chalcolithique (cette période fût appelée un temps durfortien) ou néolithique final et Age du cuivre. Les hommes sont en voie de sédentarisation et l’agriculture apparaît peu à peu avec l’évolution pendant cette période du néolithique. Le métal est pour la première fois utilisé. C’est aussi l’époque de la plupart des mégalithes : dolmens, menhirs ou tumulus. Dans notre zone se situent : Pierre Longue (vers le mas d’Aspère), la Pierre Plantée de Pissecabre et l’Aubreit avec 2 dolmens.

            Vers -5000, des hommes laissent différents objets dans une grotte de la commune. La Baume des Morts se trouve à la Coste proche de l’ancienne mine. Cinq squelettes ont été retrouvés avec des crânes aplatis dit dolicéphales. Autour des nombreuses perles, lames et pointes de flèches, des os travaillés, des silex… étaient éparpillés. Ces objets sont visibles au musée du Colombier à Alès. Cette grotte a été, elle-aussi, fouillée par M. Jeanjean. Des objets du chalcolithique ont été déterrés. C’est une période où une société plus structurées et hiérarchisées se développent. Le commerce s’étend sur différentes régions. Vers -3800 débute l’Age du bronze.

            -L’oppidum de Mus,

Oppidum de Mus, dalle plantée

Oppidum de Mus, dalle plantée

            L’oppidum de Mus porte des fondations ou des constructions qui dateraient peut être de l’Age du bronze mais la muraille la plus importante date de 500 avant JC. C’est un camp retranché sur éperon rocheux. Ces oppida se développent réellement avec l’Age du fer (700 avant JC puis l’antiquité et la conquête romaine). Le rempart est long de 500 mètres, haut de 3 m et 2 à 3 m d’épaisseur. Cette forteresse est utilisée de l’Age du bronze à la fin de la période romaine et les invasions. Elle est détruite vers 400 par les Vandales. Un autre oppidum existe à la Madeleine porès de Tornac qui date du V-IVe avant J.C. Avec le développement des communications, la zone de Durfort devient un carrefour. Ce serait une période où diverses populations cohabitent, des celtes (Volques…), le commerce avec Massalia créé par les Grec, des populations plus anciennes… Les Volques Arécomiques occupent la région qui va de l’Orb au Rhône, ils commercent entre l’arrière pays, les Cévennes et le bord de mer, la cité phocéenne. De nombreuses monnaies (grecques de Corinthe, de Marseille, deniers de Rome, environ 300 av. J.C .) de cette époque sont retrouvées à Mus. La guerre entre Carthage et Rome en 218 av. J.C. a des conséquences sur le commerce et les Volques doivent payer tribut à Marseille. En 125 av. J.C., les tributs gauloises, les Gabales et les Arvernes se révoltent contre Rome, les Volques et Marseille choisissent d’être alliés à Rome. Tout le Languedoc et la Provence deviennent Provincia Romana avec pour capital, Aix. Avec la construction de la via Domitia et la répression par Pompée d’une révolte des Volques en -77, l’emprise de Rome s’accroît.

            Villae romaines (I-IIIe siècles)

            Les premières villae romaines (ferme-exploitation qui constitue un hameau quasi autonome) apparaissent telles Vibrius qui donne Vibrac, Somniacus, Sossenac, Valerianicus, Valleraube… Avec l’Empire (-27), des viae militares sillonnent la province. Une voie passe par Anduze et Lézan, une autre, par Sauve et Mandiargues. Une tour en bois sur la colline de Fressac surveille les 2. Les mas actuels sont pour la plupart d’ancienne villae tel Soujol, Sallèle, Valensole ou Le Rey où des monnaies et objets gallo-romains ont été retrouvés. Un canal appelé canal des Sarrasins qui amène l’eau de la source du Saltre à Mus daterait de cette époque.

Bibliographie indicative et sources sur la préhistoire et de l’antiquité à Durfort St Martin de Sossenac :

-Audibert, Jacques, « Le chalcolithique dans le Gard », in : Bulletin de la Société préhistorique de France, 1954, t. 51, N. 9-10, pp. 443-457.

-Coularou, Jacques, Il était une fois Saint Hippolyte…La préhistoire des Basses Cévennes, Librairie Coularou, St Hippolyte, 2002, 157 p.

-Drouot, Edouard, Adrien Jeanjean, pionnier de la préhistoire gardoise, éditions Lacour-Ollé, 1986, 24 p.

-Fleury, Jean, Allut, Stéphane, Burguet, Michel, Clef pour la Cévenne : La châtellenie de Durfort, Une histoire pour L’Histoire, L’Harmattan, Paris, 2002, ch. 2 pp. 15-22 « Un peu de géologie », p. 21 et pp. 218-222 pour l’ère quaternaire et le mammouth, ch. 3 pp. 23-35 « Préhistoire », ch. 4 pp. 35-41 « Rome et la Narbonnaise », ch. 5 « Le temps des Goths » pp. 41-42, ch. 6 « Des Sarrasins aux Francs » pp. 43-44.

Fréminville, Bernard de, Le mammouth de Durfort, Anduze, La porte des mots, 2008, 47 p.

-Parc national des Cévennes, Avant l’histoire, Florac, Parc nationale des Cévennes, 1993, 79 p.

-Py, Michel, Culture, économie et société protohistorique dans la région nîmoise, Rome, Ecole française de Rome, 1990, 2 vol., 956 p.

Serres, Marcel de, « Géologie, Observations sur les ossements humains découverts dans les crevasses des terrains secondaires, et en particulier sur ceux que l’on observe dans la cavernes de Durfort, dans le département du Gard », Bibliothèque universelle des sciences, belles-lettres, et arts t. 24, Genève, Imprimerie de la Bibliothèque Universelle, 1823, pp. 11-36.