Les mines de Durfort

Les mines de Durfort (antiquité-1977)

 Les mines de Durfort en bref :

Trois mines ont fonctionné à Durfort : Valensole, la Grande Vernissière et La Coste. Certaines datent peut être de la préhistoire pour des grattages superficiels mais c’est à l’époque romaine et surtout à partir du XIIe siècle qu’elles sont exploitées. Elles produisent d’abord de « l’alquifoux » (sulfure de plomb) qui sert en poterie pour vernir, entre autres, les vases d’Anduze. Au XVIIIe siècle, les mines d’abord utilisées occasionnellement, sont prises en concession entre 1810 et 1839. A partir de 1850, l’extraction du zinc se propage, sorte de « ruée vers le zinc ». Plusieurs dizaines de durfortois travaillent dans les 3 mines de Durfort et à St Félix de Pallières entre 1870 et 1910. Après la 1ère Guerre mondiale, la tendance est à la baisse avec une légère reprise après la Seconde Guerre mondiale et particulièrement de 1954 à 1970. Après 1971, les mines de Durfort sont fermées, seules quelques compagnies cherchent du pétrole ou de l’uranium.

Pour aller plus loin :

Mineurs 1895

Mineurs 1895


 Trois mines s’étendent sur le territoire de Durfort et se prolongent sur les communes de Fressac, St Félix de Pallières et St Martin de Sossenac. Ces mines exploitaient d’abord la blende (sulfate de plomb) et « l’alquifoux » (le sulfure de plomb). Ce dernier est utilisé depuis le XIIe siècle au moins par les potiers pour vernir les vases (en particulier dans la région pour les vases d’Anduze). Les textes citent d’ailleurs Durfort avec L’Argentière, Ispagnac ou Bedouès pour les minerais complexes dès les XIIe-XIIIe siècle. Un hôtel de la monnaie existe même à Sauve à cette époque. Cependant la connaissance du plomb argentifère remonte à la préhistoire (peut être 18 siècles avant Jésus-Christ) et il semble que ces mines aient pu avoir été exploitées depuis l’époque romaine. La peste noire et la guerre de cent ans au XIVe siècle causent l’arrêt de l’activité minière. Celle-ci ne reprend dans la région de façon certaine que vers la fin du XVIIe. Elles sont en tout cas attestées au XVIIIe siècle. M. Astruc dans son Mémoire pour servir à l’histoire nationale du Languedoc en 1737, constate qu’elles sont exploitées occasionnellement par les paysans pour compléter leurs revenus. En 1755, l’intendant autorise l’exploitation pour le plomb si celui-ci est fondu. Si la Révolution française marque une diminution de la production minière et quelques destructions, la loi du 1er décembre 1810 établit le régime moderne des concessions minières. D’où les actes que nous avons trouvé de cette date. Ce n’est que vers 1850 que le zinc est réellement exploité. Les années 1870 sont une période de « ruée vers le zinc », chacun croit pouvoir faire fortune. A St Hippolyte du Fort comme à Durfort, les tentatives d’ouverture de mine, de reprise ou de démultiplication de la production de zinc sont fréquentes.

En 1807, certains documents parlent d’une centaine de mineurs à Durfort tandis que les archives municipales donnent 4 à 5 durfortois mineurs. En 1851, les mêmes archives indiquent 8 mineurs mais il est possible que des paysans travaillent à la mine dans les périodes de creux. Au recensement de 1855, on dénombre 84 mineurs, en 1906, ils sont 110. Sur ce nombre, il y a 80 ouvriers extérieurs à Durfort. Ce qui explique en partie le pic démographique cette année-là. Dans le registre des livrets ouvriers, 169 mineurs sont déclarés entre 1863 et 1906 dans différents sites dont les 2/3 de 1900 à 1906. C’est près de 20 000 personnes qui travaillent dans les mines en Cévennes et quelques 116 exploitations autour des années 1890-1910 pour une production de 50 000 tonnes de tout venant. La 1ère guerre mondiale met un premier frein à la production minière. Après la guerre, le rêve des mines cévenoles est terminé. Quelques grandes entreprises poursuivent, avec un nouveau coup d’arrêt avec la crise de 1929. La production de plomb et de zinc redémarre après la 2ème guerre mondiale pour la reconstruction (pour les tuyaux et cuves à eau, gouttières…). Les gisements s’épuisent et la prospection est active. Vers 1970, les mines ferment les unes après les autres. Après Durfort et St Félix de Pallières vers 1971, Largentière ferme en 1982 et la mine des Malines ferme en 1992. C’est la fin des mines en Cévennes. Voyons l’histoire des 3 mines de Durfort.

  • La Grande Vernissière :

Comme son nom l’indique, sa principale destination est l’alquifoux qui sert à vernir les poteries.

Congé d'un mineur employé par le marquis de Cadolle 1788

Congé d’un mineur employé par le marquis de Cadolle 1788

Au XVIIIe siècle, elle appartient au marquis de Cadolle et de Durfort. Il y est autorisé à exploiter le plomb et le charbon. Entre 1787 et 1811, la concession est contestée. En 1789, elle est dévastée. Finalement la concession est attribuée à la famille de Cadolle en 1839. Elle produit à peu près 1 tonne d’alquifoux par an. En 1847, elle est vendue à P. Laget mais reste inexploitée jusqu’en 1855. La mine est alors amodiée à la Société des Mines et Usines de Pallières. Quelques travaux sont effectuées de 1855 à 1859 puis en 1861, 8 tonnes de blende et 743 tonnes de calamine sont produites. En 1899, elle est amodiée à H. Havemann (possédant les mines de la Croix de Pallières) qui en devient par la suite propriétaire. En 1899 et 1900, 25 à 30 tonnes de calamine (35-40 % de zinc) et 100 à 120 tonnes de calamine pauvre (10 % de zinc) sont extraites.

La Grande Vernissière, vue nord est

La Grande Vernissière, vue nord est

En 1902, la mine est rachetée par M. Evans de Londres. La production explose en 1903 avec 1200 tonnes. Une laverie de minerai est construite en 1904, ainsi que des galeries et une remontée. Ces équipements permettent de produire 18 à 20 tonnes par an. L’extraction est interrompue de 1907 à 1909 puis abandonnée en 1912. En 1954, la Société de la « Vieille Montagne » la rachète pour 100 000 francs. Après quelques forages (5 et un petit puits) de recherche, les travaux sont abandonnés la même année.

Puits de 80 m au moment de la fermeture 1971

Puits de 80 m au moment de la fermeture 1971

  • La Coste :

Proche du mas de Cabanis dont les propriétaires l’exploitent au XVIIIe siècle, la mine de La Coste est en fonctionnement en 1791. En 1811, elle est récupérée par le gendre du propriétaire du mas de Cabanis, M. Pascal de Vallongue. En l’an IX, les propriétaires des terrains au alentour l’exploitent conjointement. C’est pourtant M. Pascal de Vallongue qui en obtient la concession en 1839. La Société des Mines de Pallières la rachète en 1847 et développe la production industrielle. La mine est amodiée en 1874 pour 10 ans à la Société des Zincs Français puis à la Société de la Vieille Montagne en 1884. Elle est sous amodiée en 1899 au Syndicat des Mines d’Alloue d’Ambernac. En 1901, c’est la Société Minière du Gard qui l’acquiert. La production maximale atteint 2041 tonnes en 1906. Au total, 7718 tonnes de minerai marchand sont vendues entre 1901 et 1908. La présence de fluor dans la blende qui comprend pourtant 30 % de zinc, rend sa purification difficile et sa commercialisation aussi. Cela explique les changements fréquents d’exploitant. En 1908, la Société Minière du Gard est en liquidation, la mine de La Coste reste inexploitée pendant 45 ans.

Ruines de la laverie de La Coste

Ruines de la laverie de La Coste

La cheminée de la laverie est détruite en 1925. Pourtant la Société de la Vieille Montagne l’achète en 1953 pour 135 000 francs. Elle est exploitée de 1953 à 57 puis la production reprend en 1967 pour compenser la baisse de rendement des mines de Pallières. 15 mineurs travaillent à Durfort. De 1967 à 1971, 130 600 tonnes de minerai sont acheminées jusqu’à la laverie de St Félix de Pallières. Abandonnée en 1971, ce sont 15 mineurs qui sont licenciés à Durfort et 170 au total. En 1994, L’Union Minière de France renonce aux concessions, les puits et galeries sont comblés. La Baume des Morts confondue avec une galerie est bouchée.

  • Valensole :

Cette mine tire son nom du mas de Valensole proche de Saint Martin de Sossenac. Elle est découverte et exploitée par MM. Mathieu et Rousset sur un terrain de M. Arnaud. Le commissionnaire des mines M. Poisson Chabaussière juge l’exploitation non conforme à la loi et remet l’exploitation à M. Capon. Un arrêté du comité de Salut Public lui accorde la concession le 1er frimaire an III. En 1811, MM. Jean Roux et Louis Roux demandent l’autorisation d’exploiter l’alquifoux sur ce site. La situation est régularisée en 1836 au profit de Jean Louis Roux. Un décret impérial de 1858 institue la concession au profit de la Société des Mines et Usines de Pallières. Sa superficie passe à 26,93 km2. De 1858 à 1861, 120 tonnes de calamine et quelques tonnes d’alquifoux sont extraites. Depuis cette date, il n’y eut plus de réelle exploitation, les amodiations se succèdent : 1861 la Société des Zincs du Midi, 1901 le Syndicat des Mines d’Alloue d’Ambernac (50 tonnes de blende plombeuse dans le cadre de recherches), 1907 MM. Chauvet, 1913 la superficie est réduite à 5,83 km2. En 1923, la Société des Mines et Fonderies de la Vieille Montagne l’amodie quasiment sans faire de travaux ou de recherches. La mutation de la concession entre la Société des Mines de Pallières et la société des Mines et Fonderies de Zincs de la Vieille Montagne dure de 1974 à 77.

Quelques recherches sont effectuées en 1947-48 pour trouver du pétrole et en 1975 la Compagnie Française des Minerais d’Uranium obtient un permis de 3 ans pour trouver de l’uranium.

Bibliographie indicative et sources sur les mines à Durfort St Martin de Sossenac :

-Cabanel Patrick, Histoire des Cévennes, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 1998, 128 p., ch. V : « De la soie au charbon : une province industrieuse. »

-Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, Mines et mineurs en Languedoc-Roussillon et régions voisines, de l’Antiquité à nos jours, actes / Congrès, Alès, 22-23 mai 1976, IMPR. Déhan, 1977.

-Fleury Jean, Allut stéphane, Burguet Michel, Clef pour la Cévenne : La châtellenie de Durfort, Une histoire pour L’Histoire, L’Harmattan, Paris, 2002, Annexes XV : pp. 287-291.

Rolley Jean Pierre, « La petite histoire du plomb et du zinc en Cévennes [en ligne], URL : http://www.geolales.net/index.html.

-Teissier Gérard, Récits cévenols. Deuxième livre, La marche du mineur,Jouve, Paris, 2009, 256 p.

Vincent Michel, Les mines des Cévennes : Histoire des concessions et des chemins de fer miniers, Paris, Terre cévenole, 2006, 320 p.

Archives municipales sur le sujet :

I 2F3 an III-1839, II 2F2 an IX-1813, III 2F1 1891-1907, III 7F1 et 2 1939-46 et 1863-1903, III 2F4 1954-63, III 7F4 1946-71, III 2O25 1989-2002.